Mardi 13 avril 2010 2 13 /04 /Avr /2010 22:22


Mon bateau, il y a 40 ans.


Arriver à souffler d'un côté, tenir l'engin, et faire coïncider les doigts des deux mains gauche avec les petits trous requière un Apgar exceptionnel.
Enfin pour celui de la meute qui avait eut cette curieuse idée et qui devait osciller autour de 3.
Sur un échelle de 10, ce n'est pas très épais.
C'est incroyable le bruit que peu générer un engin pareil.
Ça nazille, et dans un poste 7 relativement exigu, les 110 décibels devaient être atteints.
Rapidement ça exaspère.
Le crédence clear water machin chose accompagné à la bombarde : une première que même Bruno Coquatrix n'aurait pas voulu tenter... sous peine de lynchage et de destruction de son Olympia chéri.
Quelques " ta Gu...eule", voire "fait Ch...ier ton Bor...del" vont être tentés, mais lorsqu'un artiste s'exprime, rien ne peut le déranger.
Le problème était que l'expression était là, il ne manquait que l'artiste.
C'était un peu les vieilles charrues avant l'heure.
Souffler, c'est dur.
Chacun sait que l'homme n'est pas fait pour le travail, la preuve est que ça le fatigue, ils ( toujours les mêmes ) vont trouver une autre idée ( oui, je sais trois idées ça commence à faire beaucoup, mais ils étaient plusieurs, alors...).
Ils vont investir, et rapporter de chez le disquaire de la rue de Siam ( trottoir de gauche en montant ) deux superbes 33 tours.
Le premier, tenez vous bien : André Verchebidule à l'accordéon dans Viens poupoule, Boire un petit coup, etc..., et comme ça sur deux faces ( rien sur la tranche, ouf ).
Le deuxième : les meilleurs scouaitches de Roger Nicoltruc, non mais écoute, écoute.
Sans doute bradé, peut être même donné pour débarrasser, cette magnifique relique va faire rigoler comme un bossu le "t'as compris l'ours, hein t'as compris ouaff, ouaff"...
Bon, une vanne te fait rigoler le premier coup si tu ne la connais pas déjà, d'autant que ce comique n'était plus de la première fraîcheur, mais au bout de dix fois, que dis-je vingt fois...
Le plus marrant se trouvait dans le poste et non plus sur le disque.
La guerre du phono était déclarée.
Le machin-tuner, je ne sais quoi, ne nous permettait de recevoir que Radio-Parasites faute d'une antenne extérieure, alors nous avons vécu une guerre souterraine cruelle pour nos oreilles.
Et pour nos nerfs.
Mais la privation de bizutage était restée en travers.


Mon bateau, il y a 40 ans


Par Robert L'Horreur
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Vendredi 9 avril 2010 5 09 /04 /Avr /2010 08:03


 

Mon bateau, il y a 40 ans.


Le pauvre Titi leur en voulait quand même un peu...
A qui ?
Aux autres, là-bas, dans le fond du poste 7, sur babord, une sorte de tanière...
Avant que je n'embarque, comme beaucoup d'autres d'ailleurs, le Titi avait embarqué, tout seul comme un grand, au milieu de fauves esseulés dans un poste encore clairsemé d'occupants.
L'équipage se constituait peu à peu.
Alors ils avaient eut une idée... on va le bizuter.
Ils s'y sont mis à plusieurs, il faut bien unir beaucoup de courages pour arriver à faire un homme ou une meute, il l'on coincé sur la plage arrière, et l'on passé au cirage.
Même la b... si, si.
Avec beaucoup d'autres vexations en prime : ce n'était plus un jeu, c'était un vengeance envers leur vie.
Ils ont fichu un tel bor...del, que le bibel est arrivé à la rescousse, leur a passé une soufflante force 12 à crever un spi, avec jourdegnouf en prime.
Ce fut le premier et dernier bizutage.

Il ne restait plus que le "tafroidaupied", t'as vu l'ours, hein t'as vu j'y ai dit, ouaff, ouaff.
Alors, en guise de réplique à la pop miouzique : la folk miouzik ( avec un K pour faire plus Breton ) va faire son apparition.
Histoire de faire un peu plus ch...ier, un biniou, ou plutôt une bombarde va se hisser discrètement à bord, avec ses petites notes, ses bémols et ses bécarres, et rechercher le moins expérimenté pour lui extirper des râles odieux du style du cochon que l'on égorge.
Pauvre bête...
Le répertoire était très incertain, et on avait du mal à détecter une mélodie quelconque.
Tu prends une partition musicale normale, avec des notes bien rangées comme des zoziaux sur un fil, tu la mets dans un chaiqueur, tu secoues vigoureusement, tu touilles pour finir, c'était à peu près cela.
Du "en vrac" du Olivier Messaens en pire.
On en arrive à regretter un bon vieux grincement de porte, un coup de frein désespéré sur le bitume

Mon bateau, il y a 40 ans.


Par Robert L'Horreur
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Lundi 5 avril 2010 1 05 /04 /Avr /2010 17:36


Mon bateau, il y a 40 ans.


Au poste 7, de nouvelles recrues vont arriver.
Rebelote, l'autre grand dégingandé va recommencer son numéro du "tafroidauxpieds" ouaff, ouaff, ouaff, hein l'ours, t'as vu j'y ai dit...L'pov gars est planté là....L'air comme angoissé. Il ne connait pas encore l'oiseau.....
En passant, on lui ôte son bachis, et voilà, on ne peut rien faire d'autre, ensuite, c'est à lui de faire sa place.
Stupéfaction intense : il est presque chauve.
- Tu viens d'où ?
- Hourtin !!!
Ouah ! la coupe.
Il devait y avoir un coiffeur sadique, avec de grandes griffes à la place des doigts, des sourcils en accent circonflexe, des yeux globuleux, de grandes dents, et de la bave qui coulait aux commissures des lèvres... en embuscade dans les endroits insolites pour traquer les victimes.
La nuit, il devait se faufiler entre les lits pour écouter si les cheveux ne poussait pas trop vite chez toi, ou encore chez toi...
Le rasoir toujours prêt, la tondeuse étincelante jetait des éclairs dans la nuit de ce dortoir.
La langue pendante, la bave dégoulinante, il se régalait à l'avance de tondre, de tondre encore et encore... une victime, vite....
Le pauvre matelot qui avait un demi millimètre de trop sur le cailloux,  parfois moins, hop tondeuse, je finis à la pierre ponce et je lustre à la peau de chamois. Faut q'ça brille !!!
Rarement, j'ai vu des coiffures aussi courtes, parce qu'au CFM Brest, nous n'avions pas subi le même sort, beaucoup plus cool.
Et tout ceux qui viendront de Hourtin auront la même coupe, des mois avant que ça repousse.
Val..ti, dit Titi, va rapporter des disques de pop-miouzique, dernier hit parade de la saison.
Dans l'ordre ( il n'y avait que 2 disques, mais bon...) Eric Clapton avec son groupe de l'époque "The cream", et les frères Fogherty alias "The creedence clear water revival" dans un album "Cosmos factory", avec un mec en vélo de course dans le studio d'enregistrement...
Ceci portait déjà notre répertoire musical à 2 disques, si si.
Parce que, s'il y avait bien un électrophone, il n'y avait rien pour le faire chanter.
Et on va en bouffer de la pop-miouzique, première face finie, on retourne, puis on retourne, puis on retourne.
22 heures, on éteint, car nous étions bordés tous les soirs ou presque par le second qui veillait sur nos reprises de forces.
Le lendemain matin, il venait nous réveiller doucement, en nous mettant un disque..


Mon bateau, il y a 40 ans.

Par Robert L'Horreur
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Vendredi 2 avril 2010 5 02 /04 /Avr /2010 19:37

 


Mon bateau, il y a 40 ans.


Nous allons nous croiser.
La tronche un peu à l'envers de la première bordée est significative.
De deux choses l'une, il ne sont pas contents de rentrer, ou bien leur joujou de noël n'était pas de la bonne couleur...
De toute façon, il faut mieux fermer sa gu..le, ça va passer.
Il va bien falloir préparer nos bagages, et penser au réveillon du jour de l'an, la bise sous le gui, sabrage de roteuses...
Faisons les choses dans l'ordre : direction la gare où l'Armor nous attend.
( Je précise que ce ne sera que bien plus tard que ce chef d'œuvre de la technologie sur roues, bijou de la ceuneuceufeu, sera rebaptisé Trans-Bigouden-Express par un joyeux luron qui ne devait pas être le dernier, voire céder sa part, quand l'idée d'une con...rie se dessinait...).

Bon.
Re-gare.
Re-métro.
Re-pisseuse pour toucher le pompon, hi hi hi hi !
Re-bus.
Re-ding-dong.
Re-qui c'est.
Re-c'est la Marine Française.
Dodo.
Le lendemain matin, au volant de ma superbe 403 Pijot, 8 CV, beige avec toit ouvrant, je m'élance, pas trop vite tout de même, car il neige, et la 403, traction arrière, plus de 1 tonne, ne tient pas vraiment le parquet sur la chaussée glissante...
Nationale 20, direction Leuville sur Orge.
Ce patelin doit vous évoquer autant de choses que Bécon les Bruyères ou Trifouillis les Oies.
Si je vous dit Montlhéry, son circuit automobile légendaire, vous voyez un peu mieux, bah c'est un peu plus loin dans la cuvette, Leuville sur Orge.
Un trou, pas un seul magasin de souvenirs, d'ailleurs quel souvenir peut on garder d'une seule rue et de trois chemins vicinaux... un car le matin, un car le soir, à l'heure qu'il veut, tu le loupes... imagines même pas.
- Bonjour Gisèle.
Gisèle, c'est une copine rencontrée à l'école, pas à la maternelle, à l'Enset.
Son accueil est un peu froid.
Comme un nuage, le doute m'habite.
Bon, Papa, Maman, le frère sont là, m'enfin ( merci Gaston ) deux mois ce n'est pas une éternité. Souviens toi de Pénélope...
Elle se dirigeait vers la métallurgie, la chimie, et moi tout d'un coup vers la sortie.
Elle était Bretonne... si,si, le rateau... à retardement, même l'uniforme l'a laissée insensible, même toucher le pompon ( de toutes façons, à cette époque on touchait à rien d'autre ).
J'ai repris mon bolide, il y avait de la buée, alors un coup d'essuie-glace, non ce n'était pas sur le pare-brise...
Elle a gardé mon p'tit cadeau : le foulard en soie du Surcouf, moi j'ai gardé sa baffe...
Ce sera bien triste, la bise sous le gui, le sabrage des roteuses.
On va rentrer à bord.


Mon bateau, il y a 40 ans.

Par Robert L'Horreur
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Mardi 30 mars 2010 2 30 /03 /Mars /2010 05:51

 

Mon bateau, il y a 40 ans.


Petite précision sur le jeu de la TPA.


D'abord la TPA. Pour les non-mécanos, et pour faire simple, une chaudière produit de la vapeur. Cette vapeur est consommée principalement par la machine pour faire tourner les hélices. Cette vapeur c'est en fait de l'eau qui quitte la chaudière, donc le niveau d'eau baisse. Il faut compenser et alimenter en permanence cette chaudière en eau nouvelle avec une pression supérieure à la pression de la chaudière elle même. C'est le rôle de la Turbo Pompe Alimentaire.
Na.
Quant au jeu, il fait partie de ces jeux à durée de vie très éphémère, modèle cour de récréation. La paternité en revient à l'esprit inventif de Leblant ( avec un T ), et s'il n'a pas récidivé sur d'autres embarquements, il est certain que le succès de ce jeu n'a pas dépassé le stade d'une soirée, sous un pont, à Brest mem'...la nuit, une nuit de noël. Saluons au passage son franc succès. Retombé très vite dans l'oubli, il ne nous appartient plus de le réactiver, nous, des jeunes vieux, quand même.....
Alors il est normal que vous n'ayez pas entendu parler du jeu de la TPA. Il faut un faisceau de circonstances pour que le génie créatif du marin s'exprime, enfin notre génie à nous, sur notre bateau, et ce soir là.


 

Mon bateau, il y a 40 ans.

 

Par Robert L'Horreur
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  • Robert L'Horreur
  • Le blog de Robert L'Horreur
  • 29 Bigouden
  • Ancien appelé de la Marine Nationale, je raconte avec humour les 12 mois de mon service militaire dans les années 69/70 à bord du EE Surcouf. Affecté à la Chaufferie Avant, mon grade de fin de "carrière" sera QM2, ou Crabe.

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